Le SLF condamne la perquisition de la librairie Violette and Co
Le SLF condamne la perquisition de la librairie Violette and Co visant à retirer de la vente le livre From the river to the sea.
La librairie parisienne Violette and Co a fait l’objet d’une perquisition visant à saisir le livre de coloriage From the river to the sea. A l’occasion de cette perquisition, la librairie a été informée que ce livre avait fait l’objet d’un avis défavorable à l’importation en France de la part de la commission de surveillance et de contrôle des publications pour la jeunesse, le 16 octobre dernier.
Le SLF condamne un tel emploi de la force contre une librairie indépendante. Il rappelle que la librairie Violette and Co, spécialisée dans les questions féministes, lesbiennes et LGBTQIA+, a par ailleurs été, dans un passé récent, la cible d’agressions, d’intimidations de la part de groupes extrémistes ou d’actions discriminantes de la part de responsables politiques et qu’elle devrait à ce titre être soutenue et protégée plutôt que stigmatisée par les pouvoirs publics et les forces de l’ordre.
Il s’étonne également que la justice puisse reprocher à une librairie de vendre un livre dont l’interdiction d’importation n’était connue de personne, pas même de son éditeur. En effet, en dehors de l’avis de cette commission, aucun acte réglementaire formalisant l’interdiction d’importation de ce livre n’est disponible contrairement à ce qu’impose la loi. Cette base juridique inexistante ou fragile soulève donc au moins deux questions, la première sur le fondement d’une telle perquisition, la seconde sur l’impossibilité, pour l’éditeur, de former un recours contre une décision qui n’a pas été formalisée.
From the river to the sea est un livre militant défendant la Palestine et les Palestiniens et dénonçant la politique de colonisation menée par le gouvernement israélien. Il peut plaire ou déplaire et être considéré comme présentant une vision subjective et non suffisamment contextualisée de l’histoire du conflit israélo-palestinien. Néanmoins, à sa lecture, il ne paraît objectivement pas tomber sous le coup de la loi de 1949 régulant les publications destinées à la jeunesse, celle-ci stipulant que de telles publications « ne doivent comporter aucun contenu présentant un danger pour la jeunesse (…) lorsqu'il est susceptible d'inciter à la discrimination ou à la haine contre une personne déterminée ou un groupe de personnes, aux atteintes à la dignité humaine (…) ». Ce que dit ce livre se retrouve dans des dizaines d’autres publications sur la Palestine ou sur le conflit israélo-palestinien et, tous les jours, dans des articles, des tribunes ou des prises de position d’universitaires, de responsables politiques ou d’artistes relayés dans les médias.
Il s’agit donc d’une forme inédite de « censure de circonstance » visant un ouvrage et une librairie en particulier. Interdire ce livre, et après ?
S’il faut lutter sans relâche contre la haine et la discrimination, d’où qu’elles viennent, la force et la censure ne doivent pas être instrumentalisées contre la liberté d’opinion et d’expression ni contre la liberté des auteurs, des éditeurs et des libraires de porter auprès du public des débats et des idées critiques.
Les librairies sont des lieux qui luttent avec acharnement contre la haine et les discriminations. Dans la limite de ces délits, elles défendent avec la même vigueur la confrontation d’opinions, les désaccords, les partis-pris et tout ce qui nourrit le débat indispensable au sein d’une démocratie. Le débat, ce n’est pas de la haine. Les désaccords, ce ne sont pas des discriminations. C’est même tout l’inverse. Il nous paraît plus que jamais nécessaire de rappeler ce qui devrait encore avoir la force de l’évidence.
©photo : Paris Librairies