"Notre profession n'a jamais été autant soudée autour de son syndicat" Xavier Moni, président du SLF

Publié le 31/01/2020 par La Rédaction
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Retrouvez ici le discours prononcé par Xavier Moni, président, à l'occasion de la traditionnelle cérémonie des vœux du SLF :


"Notre profession n'a jamais été autant soudée autour de son syndicat, qui peut se féliciter d'avoir en 2019 plus de 650 librairies adhérentes, ce qui n'était jamais arrivé ; le nombre d'adhérents a augmenté de 15 %, un motif de satisfaction pour l'équipe, du travail de laquelle je reparlerai plus loin. 


Pour la librairie, 2019 est globalement un bon cru sur le plan commercial en dépit des conflits sociaux qui ont malheureusement affecté certains magasins, notamment en centre-ville et précisément à Paris. On peut se féliciter d'une croissance significative et supérieure à la croissance de l'économie française, puisque d'après les chiffres de l'observatoire de la librairie la croissance du chiffre d'affaires au comptant des librairies atteint les 2,4 %, sur les 250 librairies qui représentent l'Observatoire.


Et chose notable par rapport à d'autres années, c'est une progression massive, qui a bénéficié à 4 librairies sur 5 et à l'ensemble des rayons qui structurent nos librairies, c'est à dire la littérature, la jeunesse, la BD, les sciences humaines. La fiction que l'on considère en difficulté depuis des années se porte finalement plutôt bien et c'est une bonne nouvelle.


C'est évidemment un résultat réjouissant pour notre profession, et je ne peux m'empêcher de me dire que c'est lié au travail que l'on fournit dans nos magasins : beaucoup d'efforts sont faits pour conquérir et fidéliser de nouveaux clients, pour découvrir, accueillir et défendre les œuvres et leurs auteurs, et incarner des lieux de vie au cœur de nos territoires, ce qui n'est pas toujours évident. 


Par ailleurs, j'ai la conviction que tout ce que nous avons porté collectivement à travers l'action du syndicat a contribué à cette dynamique commerciale. 
 

Pour exemple les dernières Rencontres de la Librairie, qui ont réuni plus de 1000 participants, au sein d'une trentaine d'ateliers, ont permis de réfléchir à nos pratiques, et ont plus que jamais démontré l'importance d'un collectif fort capable de se repenser avec tous ses partenaires. 


Nous travaillons déjà à l'organisation des prochaines rencontres qui auront lieu en 2021, avec le souci de les rendre toujours plus utiles pour les libraires, et de les ouvrir encore davantage à tous les professionnels qui entourent la librairie, éditeurs, diffuseurs et autres partenaires pour continuer à travailler ensemble. 


Ces rencontres conjuguées aux actions de communication autour de l'identité collective « librairies indépendantes », qui ont été relayées par différentes associations de libraires ont aussi sans doute commencé à porter leurs fruits : dans sa présentation de sa dernière étude sur les clients des librairies, Philippe Moati, de l'Observatoire Société et Consommation, reconnaissait lui-même avoir été surpris par le sursaut de consommation militante en faveur de la librairie indépendante, ce qu'il n'avait pas du tout imaginé il y a quelques années, et nous avons un fil à tirer à ce propos.


C'est un travail de longue haleine, on doit continuer de porter collectivement ces actions de communication au sein du SLF et dans chacun de nos magasins auprès du public. 


Ce que nous sommes, nos compétences, notre indépendance, les choix et les services que nous proposons dans nos magasins, nul autre aujourd'hui ne peut honnêtement le revendiquer, et nous devons continuer à opposer cela à un modèle désincarné aux tentations hégémoniques. 


L'année 2019 aura aussi permis de concrétiser une campagne autour du prix unique du livre, à l'initiative notamment de Maya Flandin qui a beaucoup travaillé avec un groupe d'éditeurs sur le thème «un livre a le même prix partout». Cette campagne a vu le jour en 2019, un certain nombre d'éditeurs se sont emparés, et j'invite les autres à y participer en 2020, la marge de progression est importante, pour le dire gentiment... C'est une communication qui ne vise pas que la librairie, mais aussi tous les acteurs autour du livre, et il faut redire sans cesse aux lecteurs que le livre a un même prix partout, et que l'on a tous à y gagner. 
 

Je salue aussi le travail mené avec la nouvelle médiatrice du livre Sophie-Justine Lieber, épaulée par René Phalippou ; nous continuons de discuter avec les grandes plateformes en ligne, un travail de longue haleine qui n'est pas facile, mais peu à peu, j'ai la conviction que l'on pourra réussir à renforcer la notion de prix unique, et tous les objectifs de diversité qui y sont liés.

 

L'Observatoire de la librairie est aujourd'hui le seul outil dans l'interprofession à pouvoir nous éclairer précisément sur notre activité, et sur celle du marché, ce qui est une excellente nouvelle. En 2020, nous continuerons à accueillir de nouvelles librairies qui veulent, évidemment, mieux piloter leur activité, mais aussi confier leurs données à un outil indépendant au service de la librairie. 
 

C'est un double enjeu majeur pour notre profession, et j'espère que l'on franchira de nouvelles étapes avec l'Observatoire, et que l'on sera en mesure, le 2 janvier 2021, de vous donner des chiffres de marché qui soient précis puisqu'ils viennent directement des remontées de caisse des magasins. 

 

Ce sont de bonnes nouvelles pour notre secteur, mais je ne peux m'empêcher de redire que notre modèle économique est toujours aussi fragile, et que l'étude Xerfi en 2019 vient malheureusement confirmer ce qu'elle avait déjà mis en lumière en 2013 : malgré une gestion de plus en plus rigoureuse et précise, les marges de manœuvre de notre profession restent minces, pour ne pas dire inexistantes.


Le résultat net de la librairie est inférieur à 1 %, au global, et nous sommes toujours parmi les commerces de détail les moins rentables. Un certain nombre de librairies, et notamment les plus petites, sont obligées de rogner sur leur effectif pour se maintenir à flot. 


C'est un risque majeur pour les librairies, mais c'est aussi un risque pour toute la filière : depuis de nombreuses années, j'insiste sur le fait que nous ne pourrons pas toujours faire mieux avec des moyens qui diminuent d'année en année. 


C'est un sujet préoccupant, qui risque de mettre à l'épreuve ce qui fait notre force aujourd'hui, la qualité de nos lieux, ce pour quoi les clients viennent chez nous, la profondeur et la justesse de nos assortiments, et évidemment la compétence de nos équipes. 

 

J'entends aussi, au sein de la chaîne du livre, de nombreux autres acteurs dire leur difficulté à exercer dignement leurs métiers : auteurs, éditeurs, diffuseurs, imprimeurs, je mesure ces difficultés qui traversent nos activités. Cet écosystème singulier qui a pu prospérer grâce à la loi de 1981 laisse apparaître des signes de tension que nous ne pouvons laisser sans réponse, au risque de voir notre filière se désolidariser, ce qui serait la pire des nouvelles. 
 

Se satisfaire de cette situation ou au contraire renverser la table pour trouver des solutions à court terme ne sont pas les seules alternatives qui se présentent à nous. Plus que jamais nous avons besoin les uns des autres, et si ce postulat de départ est partagé par nous tous réunis aujourd'hui, il doit servir de bases à des discussions qui concernent un secteur qui dégage tout de même, rappelons-le, 4 milliards d'euros de valeur. 


Outre les inévitables et nécessaires questions relatives à la répartition de cette valeur, il nous faut aussi interroger profondément nos pratiques et nos relations les uns aux autres, les sujets sont nombreux, et cela passe par une meilleure connaissance de nos contraintes et modèles pour éviter les simplifications et les caricatures, pour lever un certain nombre de méconnaissances de nos métiers respectifs. 


Un certain nombre de sujets sont importants à travailler ensemble : la question du prix des livres, celle de la surproduction ou la surpublication, le calendrier éditorial des parutions et la manière dont les promotions se font, l'évolution des pratiques de lecture évidemment, et notamment celle des jeunes publics, et, on ne pourra y échapper, l'empreinte écologique de la filière. 


Nous sommes un certain nombre d'acteurs à vouloir trouver des solutions, et j'espère que nous avancerons concrètement sur ces sujets-là en 2020. 

 

J'ai plus que jamais le sentiment que notre filière a besoin de cette réflexion, comme elle a besoin de se sentir accompagnée et soutenue par une institution et une politique du livre forte.

À ce sujet, j'espère bien évidemment que les projets de réorganisation au sein du ministère de la Culture tiendront compte de ces attentes, et que l'action de l'actuel Service du livre et de la lecture ainsi que celle du CNL pourront pleinement se poursuivre auprès de tous les professionnels du livre, qui constituent tout de même la première industrie culturelle de France.


Nous avons la chance, au présent, de pouvoir compter sur des institutions fortes, autour de la DGMIC, sous la direction de Martin Ajdari, jusqu'il y a quelques jours et maintenant sous la responsabilité de Jean-Baptiste Gourdin. Je voudrais souligner, au sein de la DGMIC, le travail du Service du Livre et de la Lecture et notamment Nicolas Georges et toute son équipe, Rémi Gimazane, avec lesquels nous travaillons en permanence, et souligner le travail qu'on a pu mener avec le CNL et Vincent Monadé et Emmanuel Bensimon-Weiler.


L'efficacité de la politique du livre repose sur des administrations et sur la qualité des personnes qui en ont la charge, et nous ne voulons perdre ni les uns ni l'autre, et c'est le sens de la démarche que l'ensemble de la profession a engagée auprès du ministre Franck Riester."