Les libraires français soutiennent leurs confrères québécois pour l'instauration du prix unique du livre

Publié le 27/09/2012 par La Rédaction
Mots-clés : prix unique | diversité | ouvrages de fonds | vente au détail |

Au moment où un débat s'est engagé au Québec au sujet de la régulation du marché du livre à travers l'instauration d'un prix unique du livre, les libraires français souhaitent soutenir leurs confrères québécois en témoignant des bienfaits de cette mesure pour la culture, l'économie et la lecture.

Dès ses débuts, le prix unique fut présenté en France comme «un régime dérogatoire fondé sur le refus de considérer le livre comme un produit marchand banalisé et sur la volonté d'infléchir les mécanismes du marché pour assurer la prise en compte de sa nature de bien culturel qui ne saurait être soumis aux seules exigences de rentabilité immédiate». L'objectif du prix unique est avant tout culturel : il s'agit de maintenir la richesse et la diversité de la création littéraire. Il est également économique dans la mesure où la diffusion de cette création nécessite un réseau aussi dense que possible de librairies de qualité. Les éditeurs doivent en effet pouvoir prendre des risques sur des auteurs, particulièrement ceux qui ne sont pas encore confirmés ou dont l'audience n'est pas proportionnelle à la dimension culturelle ou intellectuelle de leur œuvre. La défense de ces auteurs est un engagement sur le long terme : l'éditeur accompagne la construction d'une œuvre en acceptant d'attendre plusieurs années avant qu'un auteur n'atteigne une notoriété satisfaisante et en maintenant disponibles dans son catalogue leurs premiers titres. La nécessité du temps long explique pourquoi une politique éditoriale n'est pas compatible avec des exigences de rentabilité immédiate. L'éditeur recherche un équilibre économique global où les gains tirés des meilleures ventes financent les titres de qualité dont la rentabilité n'est pas immédiate. Le prix unique du livre permet cet équilibre.

Pour défendre les nouveautés mais également les ouvrages de fonds sur le long terme et permettre au plus large public d'y accéder aisément, le maintien d'un important réseau de librairies est une nécessité. Le libraire lui- même doit assurer cet équilibre entre des livres à rotation rapide, les best-sellers et des livres « à rotation lente » qui ont besoin de temps pour trouver leur public. Si le prix unique du livre n'existait pas, les prix des best-sellers seraient bradés par les circuits de la grande distribution. Les librairies ne pourraient ni suivre ce discount ni maintenir le prix conseillé par l'éditeur. Tout leur équilibre économique serait remis en cause. Le prix unique permet de remplir les deux exigences fondamentales de l'économie du livre : la péréquation entre les best-sellers et les livres à rotation lente ainsi que la diffusion la plus large possible.

En évitant une bataille déséquilibrée sur les prix entre les différents circuits de vente du livre, le prix unique a permis au réseau des librairies françaises de se maintenir et de se moderniser. Sur environ 25 000 points de vente du livre, on dénombre 3 000 librairies «professionnelles». Le réseau des librairies représente aujourd'hui plus de 40 % de la vente au détail et beaucoup plus dans certains secteurs, comme les sciences humaines ou les nouveautés littéraires. Ce réseau de librairies a porté et continue de porter l'essentiel de la création littéraire française ou en traduction et des livres de référence que les éditeurs peuvent ainsi maintenir durant de longues années dans leur catalogue. La vitalité et le renouvellement de l'édition de création sont étroitement liés au maintien de ce réseau de librairies.

De surcroît, le prix unique n'a pas eu d'effet inflationniste. En effet, depuis près de quinze ans, l'indice du prix du livre a évolué deux fois moins vite que l'indice général des prix.

En dérogeant aux règles ordinaires de la concurrence, le prix unique du livre garantit une véritable concurrence puisqu'il permet de maintenir une pluralité d'acteurs aussi bien au niveau de l'édition, où cohabitent quelques groupes grands ou moyens mais également des centaines d'éditeurs indépendants, qu'au niveau des circuits de commercialisation (librairies, maisons de la presse, grandes surfaces culturelles, hyper et supermarchés, Internet...). La concurrence s'exerce pleinement sur les prix fixés par chaque éditeur et sur la qualité des services proposés par chaque détaillant.

En favorisant une diversité de la création et de l'édition, une présence très dense de points de vente des livres, jusque dans les villes moyennes et petites, et des prix bas, le prix unique est un avantage pour le consommateur et le lecteur.

C'est parce qu'ils considèrent qu'une guerre des prix orchestrée par quelques grandes multinationales d'Internet entraînerait une situation de monopole, un déséquilibre du marché du livre dans son ensemble et un appauvrissement culturel que les libraires français ont également ardemment soutenu l'extension du prix unique au livre numérique.