Les librairies en France, 2009

Le réseau français des librairies est l'un des plus denses au monde. Il contribue ainsi fortement à l'animation culturelle et commerciale des villes de toutes tailles. Par ailleurs, si la place de la librairie dans le marché du livre demeure prépondérante, si sa valeur ajoutée (assortiments, personnels qualifiés...) est reconnue, sa situation financière demeure souvent fragile. Radioscopie économique et sociale de la librairie.

A. LA LIBRAIRIE


a. Recensement

Le nombre total de points de vente sur le territoire français est estimé à environ 25 000. Parmi eux, 15 000 ont une activité régulière de vente de livres. Environ 2 000 à 2 500 points de vente exercent la vente de livres à titre principal ou significatif. Les 1 000 premiers points de vente correspondent à ce que les diffuseurs appellent le «premier niveau» qui représente de 60 à 75 % du chiffre d'affaires des éditeurs.

b. Positionnement

Selon les sources, la librairie représente plus de 40 % des ventes au détail. Sofres place le pourcentage à 41 %, Ipsos et GFK à 43 %.
La librairie reste donc le lieu privilégié d'achat de livres pour les Français. Elle présente l'avantage de proposer une offre très large, et pas seulement des nouveautés. Il est d'ailleurs intéressant de comparer la perception du poids de la nouveauté chez les libraires (54 % des ventes d'après les libraires) et ce que pèsent réellement ces nouveautés de l'année dans leurs ventes : 28 % (d'après le panel distributeur GfK). Les consommateurs viennent donc aussi chez leur libraire pour acheter du fonds : 34 % des ventes des librairies se font sur des titres de plus de trois ans, selon le même panel.
Les libraires sont en grande majorité loin de l'image vieillotte qu'on a parfois d'eux : 50 % des librairies ont déjà un site web, 18 % font de la vente en ligne, 74 % ont une gestion des ventes informatisées, 75 % organisent des séances de signatures, dédicaces ou autre manifestation (et 60 % souhaitent renforcer cette activité dans les années à venir), 53 % font des fiches de lecture pour mettre en avant leurs coups de cœur, 66 % veulent améliorer ou agrandir leur espace de vente. Les libraires
bougent avec leur temps, renforcent toujours leurs relations avec leurs clients et se donnent les moyens de conserver leur attrait face à leurs concurrents toujours plus nombreux.

Sources : Panel distributeur GfK - suivi des ventes de 2 800 magasins vendeurs de livres chaque semaine / Étude «Panorama de la librairie française» réalisée par GfK auprès de 700 libraires français en octobre 2008.

c. Assortiments


Librairies

On compte plus de 100 000 références pour les plus grandes ; autour de 50 000 pour les moyennes ; 5 000 à 20 000 pour les spécialisés (jeunesse, bande-dessinée, religion...) et 5 000 à 10 000 pour les plus petites.

Grandes surfaces culturelles

On dénombre 100 000 références pour les plus grandes Fnac, de 15 000 à 50 000 références pour les autres Fnac ou les plus grands ponts de vente des autres GSS. 20 000 à 30 000 références pour les autres chaînes : Espaces culturels Leclerc, Virgin, Cultura, Alsatia.

Hypermarchés

L'assortiment est estimé à 5 000 références en moyenne. Il peut monter à 15 ou 20 000 références pour les plus grands.

Supermarchés

Le nombre de références est évalué entre 1 000 à 3 000 (meilleures ventes poche).

d. Durée de vie des livres

Selon le panel Datalib-ADELC qui couvre 150 librairies de toutes tailles, 83 % des titres vendus en librairie ont plus d'un an ; 40 % des titres vendus ont plus de cinq ans. Plus de la moitié du chiffre d'affaires des librairies est réalisée grâce à la vente de livres de plus d'un an.

e. Situation économique

Rentabilité

Le profit est faible : 1,4 % du CA en moyenne (2 % pour les plus grandes, 0,6 % pour les plus petites, soit 2 000 €).

Salaires

Un libraire très qualifié ayant 16 années d'ancienneté gagne en moyenne 1,6 fois le SMIC ; or, les frais de personnel sont lourds, 18 % du CA en moyenne car la valeur ajoutée de la librairie repose en large partie sur la présence et la compétence de libraires. À titre de comparaison, on estime la part des frais de personnel dans la grande distribution entre 6 et 8 % et entre 10 et 11 % dans les grandes surfaces culturelles.

Enquête INSEE

Une enquête de l'INSEE réalisée à partir des exercices 2007 des 84 entreprises de la branche employant plus de 20 salariés ou réalisant un CA supérieur à 38 M€ semble indiquer une détérioration de la situation économique du secteur. En effet, cette enquête fait ressortir un résultat net moyen pour ces entreprises de 0,6 % seulement.


B. LE LIVRE EN 2009


En 2009, les panels de points de vente font état d'une évolution favorable du marché : + 1,5 % selon Livres Hebdo / I+C et Ipsos et même + 3,9 % selon GfK (en valeur). De manière assez paradoxale, cette tendance ne se retrouve pas dans le nombre des exemplaires vendus qui évolue à la baisse selon l'enquête de branche du SNE : 468,3 millions d'exemplaires en 2009, soit une baisse de 3,7 % par rapport à 2008 (435,7 millions d'exemplaires hors fascicules soit - 2,2 %). Par contre, le nombre de références vendues au moins une fois dans l'année, 633 946 en 2009, connait une croissance très nette (+ 13 % par rapport à 2008 et plus de 25 % par rapport à 2006). Le panier moyen d'achat ne cesse donc de diminuer alors que le nombre de titres vendus - donc «travaillés» et stockés par les libraires - ne cesse de croître. Si l'augmentation des achats sur Internet peut expliquer une partie de cette tendance, le rôle des libraires y est également prépondérant car cette même
tendance est décrite par nombre d'entre eux. Ce qui démontre, s'il en était besoin, le rôle actif qu'ils jouent en faveur de la «diversité culturelle». On constate en 2009 une stabilité, voire, selon les sources, une baisse de la production de titres : 66 595 titres soit une baisse de 4,3 % selon la BnF (entrées au Dépôt légal) ; 63 690 nouveautés et nouvelles éditions, soit
une quasi stabilité (+ 0,1 %) selon Livres Hebdo / Electre (production commercialisée). Le nombre de titres disponibles sur le marché est, pour sa part, selon la base Electre, en augmentation de 4 % (619 800 références).

Le poids des meilleures ventes reste en 2009, selon GfK, bien plus faible que dans les autres industries culturelles. En effet, les 5 titres les plus vendus ne représentent que 1,7 % du marché, les 10 titres les plus vendus 2,7 %, les 1 000 titres les plus vendus 22 % et les 10 000 titres les plus vendus 50,4 % du marché. Cet indicateur confirme la formidable
diversité qui caractérise le marché du livre et le poids finalement très relatif de la «best-sellerisation».

Les chiffres de TNS Sofres (enquête pour l'Observatoire de l'Économie du Livre, sur les achats de livres d'un panel de 10 000 personnes de 15 ans et plus) indiquent que, en 2008, 52,4 % des Français ont acheté au moins un livre. 25,1 % en ont acheté de 1 à 4, 15,8 % de 5 à 11 et 11,5 % plus de 12. L'enquête sur les pratiques culturelles des Français en 2008 réalisée par le ministère de la Culture et de la Communication montre quant à elle que 70 % des Français de 15 ans et plus ont lu, en 2008, au moins un livre au cours des douze derniers mois. 39 % en ont lu de 1 à 9 sur la même période, 14 % de 10 à 19 et 17 % plus de 20.
L'ensemble de ces chiffres est disponible, sous la forme d'une synthèse réalisée en mars 2010 par l'Observatoire de l'Économie du Livre (MCC/DGMIC/SLL), auprès du service du Livre et de la Lecture du ministère de la Culture et de la Communication.
http://www.culture.gouv.fr/culture/actualites/indexdll.htm et http://www.centrenationaldulivre.fr/IMG/pdf/
Chiffres-cles_2008-2009.pdf


C. LE LIBRAIRE : BILAN ÉCONOMIQUE ET SOCIAL



Ce bilan économique et social est établi à partir des données issues du rapport de branche sur la librairie établi par le Cabinet I+C en décembre 2009. À partir des données de 2008, il a été réalisé sur la base d'un échantillon d'un peu plus de 700 librairies ayant répondu au questionnaire, soit 35 % de l'univers étudié en termes d'entreprises et 52 % en termes de
salariés. Le rapport est consultable sur le site du SLF (www.syndicat-librairie.fr).
Il convient d'indiquer que l'UNEDIC dispose désormais d'un dénombrement exact des établissements d'au moins un salarié et des salariés relevant du code NAF 4761 Z (commerce de détail de livres en magasins spécialisés). En effet, la nouvelle nomenclature NAF de l'INSEE distingue à présent le commerce de détail de livres en magasins spécialisés (4761 Z) du commerce de détail de journaux et papeterie en magasins spécialisés (4762 Z). Ces deux codes étaient auparavant
réunis sous une même référence (524 R : commerce de détail de livres, journaux et papeterie). À titre d'information, les données UNEDIC 2008 sont les suivantes pour les entreprises relevant du 4761Z : 2 181 établissements et 12 315 salariés.
Si ce code NAF se révèle représentatif de la profession, alors les données UNEDIC serviront de références dans les prochains rapports. Un travail de vérification sera ainsi réalisé par les représentants de la profession en 2010.

a. Profil économique


Chiffre d'affaires de la profession

En 2008, les 1 950 entreprises de la profession ont réalisé un chiffre d'affaires de 1,64 milliard d'euros HT, soit une légère hausse comparée à 2007 (-0,5  %).

Répartition du chiffre d'affaires

Les ventes de livres représentent la grande majorité de l'activité (en moyenne 83 % du montant total). La papeterie-carterie totalise près d'un dixième des ventes (9 %) tandis que la part du chiffre d'affaires généré par les commissions de presse reste quant à elle marginale (2 %). Cette répartition est quasiment stable depuis 2005 et identique entre 2007 et 2008.

Répartition des ventes par clientèles

Les ventes en magasin demeurent la principale clientèle des librairies dont elles représentent, comme en 2006 et 2007, 80 % du CA. Les ventes sur factures (à terme) continuent de générer un peu plus d'un sixième du chiffre d'affaires de la profession (17 %) et sont stables entre 2006 et 2007. Le poids des ventes à distance, y compris via Internet, demeure limité (3 % en 2008 contre 2 % en 2005). La progression de ce segment de vente, si elle est très significative sur la durée diminue néanmoins fortement ( + 0,5 % par rapport à 2007, +8,5 % par rapport à 2006 et + 22,5 % par rapport à 2005).

Investissements

La part du chiffre d'affaires de la profession consacrée aux investissements en 2008 augmente assez significativement entre 2007 et 2008, passant de 1,2 % à 1,6 % du CA. Au total, la profession a investi 26 millions d'euros au cours de l'année 2008. Ces investissements concernent pour un plus de la moitié des montants des travaux de rénovation et d'agencement des magasins, pour près d'un tiers de l'informatique et pour 11 % des acquisitions immobilières.

b. Emploi


Effectifs actifs

Le nombre d'actifs a légèrement diminué en un an, s'établissant à 11 550 au 31 décembre 2008. Cette baisse concerne les effectifs salariés


Effectifs salariés

Selon le sexe : entre 2007 et 2008, la proportion des femmes augmente légèrement. Ainsi, en fin d'année 2008, les femmes représentent les deux tiers des effectifs salariés (66 %) et 64 % de la masse salariale.

Selon les catégories professionnelles : la part de personnel d'encadrement baisse de 1 % pour atteindre 11 % des salariés au 31 décembre 2008. La part des apprentis et stagiaires évolue également à la baisse (- 0,5 % entre 2007 et 2008). Ainsi, c'est la part des non cadres qui augmente (+1,5 % entre 2007 et 2008) pour représenter dorénavant 85,5 % des salariés. Il faut noter que la part des cadres demeure nettement plus importante parmi les hommes (17 %) que parmi les femmes (8 %).

Selon la durée du travail : La tendance au renforcement de la proportion de salariés à temps plein se poursuit en 2008, s'établissant à 75 % contre 73 % en 2007. Cette tendance s'explique par une forte évolution en faveur du travail à temps plein chez les hommes. Ainsi, 83 % d'entre eux travaillent à temps plein en 2008 (contre 77 % en 2007). Bien qu'en baisse
par rapport à 2008, la part des hommes à temps partiel reste élevée dans la profession (17 % en 2008 contre 23 % en 2007). En effet, comme cela avait été souligné lors du précédent rapport, seulement 6 % de l'ensemble des salariés masculins en France travaillent à temps partiel (source INSEE). La répartition des effectifs féminins selon leur durée de travail s'avère quant à elle toujours comparable à la moyenne nationale : près de 30 % des femmes sont à temps partiel.

Selon l'âge : en corrélation avec la progression du taux d'encadrement, l'âge moyen des salariés de la profession a légèrement progressé en un an et avoisine 37,5 ans en 2007. Toutefois, la part des jeunes salariés demeure importante puisque un sixième d'entre eux ont moins de 26 ans et plus d'un tiers est âgé de 26 à 35 ans. Les différences hommes-femmes s'atténuent : l'âge moyen est de 37,5 ans, quel que soit le sexe.


Selon l'ancienneté : l'ancienneté moyenne des salariés dans la même entreprise s'établit à 7,5 ans en moyenne. Le renouvellement du personnel demeure important : plus de 40 % des effectifs ont moins de quatre ans d'ancienneté.


Mouvements de personnel

Les effectifs salariés ont progressé dans la branche de 2,5 % par rapport à 2006 ( 3 % par rapport à 2005). 3 850 salariés ont été recrutés au cours de l'année 2007 tandis que 3 600 autres ont quitté leur entreprise.
La croissance du taux d'embauche s'explique notamment par le recours aux contrats de saison et aux contrats à durée déterminée qui ont représenté respectivement 36 % et 37 % des embauches. Le nombre d'embauches en CDI a fortement diminué en 2007 (20,5 % contre 29 % en 2006). Le recours aux contrats aidés est également moins généralisé d'une année sur l'autre (6 % en 2007 contre 14 % en 2006)


Près des trois quarts des départs des entreprises correspondent à des fins de contrat de saison ou à durée déterminée. Les licenciements représentent 5 % de ces départs (7 % en 2006) et les démissions 17 % (23 % en 2006).

c. Rémunération et formation professionnelle


Masse salariale et charges patronales

Avec notamment la diminution de la proportion de temps partiels, la masse salariale progresse plus rapidement ( 4 %) que le nombre de salariés ( 2,5 %) entre 2006 et 2007. Entre 2005 et 2007, la masse salariale brute a augmenté de 7,5 %.

Formation professionnelle

La part de la masse salariale consacrée à la formation enregistre une nouvelle diminution en 2007 en s'établissant à 0,55 %, soit 1 million d'euros, contre 0,8 % en 2005 et 0,6 % en 2006. Le nombre de salariés concernés est également en nette décroissance puisqu'il a presque diminué de moitié en deux ans : 1 500 en 2007 (soit 15 % des salariés) contre 1 900 en 2006 (19 % des salariés) et 2 750 en 2005 (28 % des salariés). Seulement 170 salariés ont bénéficié d'un Droit Individuel à la Formation (DIF) en 2007.

d. Conditions de travail


Ouverture dominicale

La moitié des librairies (49 %) ouvrent le dimanche de manière exceptionnelle (moins de 5 dimanches par an). Elles sont un peu moins d'un quart (23 %) à ouvrir régulièrement et un peu plus d'un quart (28%) à rester constamment fermées le dimanche.

Durée de travail des salariés à temps partiel

La durée hebdomadaire de travail des salariés à temps partiel continue de s'éroder en passant à 22 heures en 2007 contre 22 heures 30 en 2006 et 23 heures en 2005.

Heures supplémentaires

La proportion d'entreprises ayant eu recours au contingent d'heures supplémentaires pour les salariés travaillant à temps plein a presque doublé en 2007 (39 % contre 22 % en 2006). La part des salariés concernés par les heures supplémentaires a logiquement connu une évolution comparable : 46 % en 2007 contre 25 % en 2006 pour, en moyenne, 2 heures supplémentaires par semaine.