Réouverture des librairies : l'occasion manquée


Communiqué de presse du 13/11/2020


Au lendemain de la conférence de presse du premier Ministre, c'est l'amertume et l'inquiétude qui dominent chez les libraires. Nous sommes conscients de la gravité de la crise sanitaire et nous restons soucieux de la santé de nos salariés et de nos clients. Mais nous ne comprenons pas l'inégalité de traitement entre commerces et la prise en compte insuffisante des enjeux culturels, sociaux et économiques.

L'élan exceptionnel qui se manifeste depuis le déconfinement en faveur des librairies donne la mesure de l'attente des Français à l'égard d'un commerce qui symbolise à la fois l'accès à la culture et l'importance du lien social. Loin d'entendre cet appel, le premier Ministre a passé la culture sous silence.

En nous lançant « à corps perdu » et souvent à notre corps défendant dans le « click and collect », nous faisons encore une fois la preuve de notre capacité d'adaptation et de notre joie de faire vivre le livre auprès des lecteurs. En contrepartie, les perspectives qui nous sont offertes aujourd'hui sont très incertaines. Une réouverture pour le mois de décembre n'est pas garantie et serait conditionnée par l'application de conditions sanitaires plus strictes que dans les commerces actuellement ouverts. Sur le même trottoir, les consommateurs devraient appliquer un protocole sanitaire différent selon les commerces qu'ils fréquenteraient... 

Par ailleurs, la gestion très lourde des commandes internet mobilise l'ensemble des équipes, ce qui ne nous permet pas de bénéficier de l'activité partielle. Nous faisons deux à trois fois moins de chiffre d'affaires mais avec les mêmes charges ! Le fonds de solidarité, l'exonération de charges sociales et la prise en charge de nos frais de port sont des mesures importantes. Mais, pour la majorité des librairies, elles ne suffiront pas dans cette période cruciale sur le plan économique. Le gouvernement a été au rendez-vous lors du premier confinement grâce à un plan d'aide spécifique pour les librairies. Il doit l'être à nouveau alors que les effets de cette deuxième crise sont potentiellement plus dévastateurs.  

Nos librairies, et l'ensemble des autres commerces de proximité, improprement désignés comme « non essentiels », comptent parmi les acteurs les plus touchés par ces crises successives alors qu'ils sont les plus fragiles économiquement et qu'ils contribuent bien plus que d'autres à donner corps et âme au « vivre ensemble » sur l'ensemble de nos territoires. Cette injustice persiste et pourrait même s'aggraver en l'absence d'une politique volontariste en faveur des commerces et des centres-villes. Le refus du gouvernement d'encadrer l'extension sans borne des entrepôts des grandes plates-formes numériques en est malheureusement une nouvelle illustration. En France, pendant que les librairies sont fermées, Amazon construit de nouveaux entrepôts...

Dans ce contexte, la « digitalisation » des commerces, si elle génère dorénavant un complément de chiffre d'affaires nécessaire, tout particulièrement en temps de crise, ne peut pas devenir notre seul horizon. Aider les commerces à être plus présents sur internet, c'est bien, les aider à vivre au cœur des villes, auprès des gens, c'est encore mieux. Nous qui sommes nombreux sur internet et depuis longtemps sommes bien placés pour le mesurer. 
Nous sommes dans une crise sanitaire, économique, sociale et culturelle. Nous attendons des actes forts qui prennent en compte, à très court terme comme à long terme, toutes ces dimensions.

Pour signer la pétition en faveur d'une réouverture rapide des librairies
et rejoindre les 200 000 signataires, cliquez ici.

Contact presse : Morgane Le Guillou