La guerre des prix : l'escalade aux États-Unis

Le New York Times publiait le 20 octobre un article sur l'escalade de la guerre des prix sur les livres pratiquée aux États-Unis par les principaux distributeurs que sont Wal-Mart, Amazon, Target ... À quelques jours des vacances scolaires, Target est entré dans la bataille en proposant à ses clients ayant pré-commandé sur son site des nouveautés à paraître, de les acquérir au prix de 8.99 $, s'alignant ainsi sur les prix pratiqués par son concurrent Wal-Mart via son propre site de vente en ligne. En réaction, ce dernier abaissait une nouvelle fois les prix d'une sélection de best sellers, dont le dernier Stephen King ou John Grisham en les ramenant à 8.98$. (Tout comme les Michael Crichton, etc...)

En réaction, Target se proposait d'étendre le nombre d'ouvrages concernés par le dumping au delà de la sélection de son opposant commercial.

Penny après penny, la guerre des prix a donc bien lieu. Amazon qui avait baissé ses prix à 9 $ en s'alignant sur la liste des livres discountés par Wal-Mart ne semble pas avoir bougé d'un penny ces derniers jours.

C'est une bataille sans fin (Godzilla versus Mothra), comme le souligne Michael Norris consultant pour l'agence Simba. La guerre des prix peut d'ailleurs causer de grands dégâts dans l'industrie de l'édition et dans le réseau des librairies (le prix des mêmes ouvrages dans le réseau des librairies indépendantes est de  24 $). Pour ces gros distributeurs, le livre n'est qu'un simple produit d'appel vendu à perte.

Et comme le soulignait un agent littéraire, «If you can buy Stephen King's new novel or John Grisham's %u2018Ford County' for $10, why would you buy a brilliant first novel for $25?» Si vous avez l'opportunité d'acquérir un roman de Stephen King, John Grisham pour 10 dollars, pourquoi achèteriez-vous un premier roman de création à 25 $ ?

ABA versus Amazon, Wal-Mart et Target
L'ABA saisit donc le Département de la justice contre les rabais proposés par les librairies en ligne. Voir la déclaration de l'American Booksellers associations.

Les réactions des libraires indépendants, des auteurs et des éditeurs
"Three of the nation's largest retailers are willing to sell books at a loss (and yes, they will lose money with every sale, books aren't really that cheap) in order to position themselves in the marketplace.  What depresses me is the continued trend of devaluing books.  These e-retailers see books as another widget, another commodity to throw around."
Trois des plus grands distributeurs des États-Unis ont décidé de vendre des livres à pertes dans le but de conforter leurs parts de marché. Ce qui me déprime le plus est cette tendance à dévaluer systématiquement la valeur des livres. Ces revendeurs assimilent le livre à un widget ou à un gadget jetable....

"Here's the other thing: that $8.99 price is $6.40 lower than what the publishers are charging the bookstores.  Publishers really can't match that themselves, so some booksellers are cancelling their bestseller orders from publishers and ordering them direct from Amazon/Wal-Mart/Target.  (Though it seems from a couple of Mr. Kashkashian's updates, Amazon's putting a 3-book limit on orders."
8.99 est 6.40 $ en dessous du prix demandé aux libraires par les éditeurs. Même les éditeurs ne peuvent suivre cette escalade ce qui pousse les libraires à annuler leurs commandes auprès d'eux pour se fournir directement auprès des distributeurs que sont Amazon, Wal-mart et cie.

How much should books cost ?
"The short-term results of this price war are some losses for Wal-Mart and Amazon, and some brisk sales for the publishers whose books have been chosen. But the «road kill» here are the accounts who can't afford to participate in the race%u2014traditional booksellers. And in the long term, these large retailers may succeed in convincing consumers that $10.00 is the right price for a book, whether digital or physical. That would put an enormous squeeze on an already-squeezed business, since of the $12.50 we get now for a $25.00 book, we spend about $2.00 to produce each copy, about $1.00 to market each copy, and another $1.00 or so on freight and warehousing, etc., leaving us roughly $8.50 out of which we must pay the author (who would get $4.25 if this were a profit-share, or $3.75 if this were a 15% royalty) and cover our significant overheads, before we end up with a slim profit."

A court terme, les effets de cette guerre des prix pourraient se solder par de simples pertes pour Amazon et Wal-Mart, et quelques ventes rapides pour les éditeurs dont les livres ont été retenus dans la sélection. Mais à moyen terme les conséquences ravageuses seront à déplorer du côté des librairies traditionnelles. Et à plus long terme, ces distributeurs parviendront peut-être à convaincre les clients que 10 $ est le juste prix pour un livre, qu'il soit numérique ou papier. Ce qui mettrait une pression énorme sur un marché déjà bien comprimé, car sur les 12.50 $ que l'éditeur récupère pour la vente d'un livre à 25 $, nous dépenson à peu près 2 $ par copie pour sa fabrication, 1 $ par copie pour sa commercialisation, et 1 $ par copie en frais de serveur/stockage etc... ce qui nous laisse grosso modo 8.50 $ pour rémunérer les auteurs etc...




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